Nous faisons donc connaissance avec Esmael, réceptionniste à l'hôtel Miramar et étudiant à ses heures pour perfectionner ses langues vivantes. Il a 24 ans et parle un français correct ce qui lui vaut aujourd'hui de s'improviser guide de son île pour nous, pendant son jour de repos. Jamais rien d'officiel, c'est ainsi par ici !
Allez Esmael, c'est toi qui pilote ! Emmène nous au centre de l'île !
C'est parti !
On traverse la ville pour rentrer à l'intérieur des terres. Nous traversons plusieurs villages aux paysages et urbanisme similaire à la route du sud. Nous arrivons à Batepa, le village natal d'Esmael. C'est pauvre... très pauvre ! Néanmoins, une superbe école secondaire se trouve à la sortie. C'est le fruit d'une coopération avec l'Alliance Française, qui a pour mission de promouvoir notre langue et culture au sein de l'île depuis une dizaine d'année. C'est dans cette école qu' Esmael a étudié le français comme seconde langue vivante. Pour les études supérieures, l'exil en ville voire au Portugal ou en France est nécessaire, mais les conditions d'obtention de visas sont volontairement exigentes. Par conséquent, il faut avoir beaucoup d'ambition et d'appui pour y arriver !
A la sortie du village se trouve également un monument en hommage au massacre des "forros" (descendants d'esclaves noirs affranchis) tombés au combat en 1953 lors d'une révolte face aux colons. Ils n'ont pas réussi à gagner la bataille qui a terminé dans le sang, mais les colons portugais auront quand même compris que le vent ne tournait pas en leur faveur et que le temps de l'esclavage serait bientôt révolu. Jusqu'à l'indépendance en 1975, ils partageront donc très (trop ?) progressivement la gestion et leurs connaissances avec les "forros", sans pour autant bien sûr leur laisser un quelconque pouvoir sur leur vie ...
Un petit chemin pavé nous mène à la Roça Monte Café. Cette exploitation de cacao puis de café a fermé lorsque les colons ont tout abandonné en 1975. Les esclaves... oups ! pardon, les "travailleurs contractuels" dont la plupart n'ont connu que ce lieu ont donc continué partiellement l'exploitation des plantations, n'assurant plus que 30% de la production mais juste assez pour vivre... le problème c'est qu'ils ne savent rien faire d'autre, leur instruction ayant été volontairement limitée.
Un ancien nous accueille avec ses lunettes noires ! Le sosie de Ray Charles !
Il ne parle que portugais mais son témoignage est précieux. Le principe de la roça est de centraliser la vie des "travailleurs" sur un seul site, de façon à les contrôler. Nous trouvons donc sur place non seulement les bâtiments d'exploitation (séchoirs, fumoir, wagons d'acheminement, fours, machines de production...) mais aussi hôpital, administration, épicerie, école, menuiserie, jardins, logements ouvriers, tout ceci surplombé par la demeure monumentale du "maître". Cette dernière sur 2 niveaux devait être magnifique en son temps, avec des jolies coursives, corniches et escaliers ouvragés. Elle est aujourd'hui dans un état de délabrement avancé, envahie par les herbes et aux fenêtres brisées. C'est désolant mais on imagine aisément pourquoi les santoméens ne tiennent pas à faire revivre cet endroit...
Notre présence a attiré l'attention des enfants qui s'agglutinent autour de nous au fur et à mesure de nos pas. Ils veulent des "doce", nous n'en avons pas. Nous leur offrons donc du temps et de l'attention car ils sont très fiers de nous montrer leurs "jouets" et réclament de poser pour la photo, toujours avec le sourire : jantes de vélos, bouts de plastiques en guise de chapeau, bâtons, dînette avec les restes de la poubelle... Llona regarde tout ça, médusée ! Eux, l'observent comme une princesse tombée du ciel... No comment !
Avant de partir, petit café improvisé sur le perron d'une maison, où l'on peut lire "Es amigo ? Entra amigo !..." . Ses habitants sont heureux de partager une tasse avec nous. Il est excellent ! Une jeune fille, que j'appelerai Maria, me saisit la main fermement. Elle me parle en me regardant droit dans les yeux. Je ne comprends rien à ce qu'elle veut me dire, mais la chaleur de son regard et le rayon de soleil de son sourire me trouble et je suis persuadée que ce doit être un message très gentil...elle insiste pour que je la prenne en photo en souvenir d'elle... toutes ces personnes sont extrêmement touchantes.
Nous quittons le site, escortés par les enfants.
Direction le Parc Obo, où nous allons visiter le jardin botanique de Bom Successo. L'île est reconnue pour sa biodiversité et un programme de valorisation de ce patrimoine a été mis en place par Ecofac à partir de 1982.
Le sentier pavé défoncé nous secoue pendant tout le trajet : pas si confortable que ça le 4x4 de Barbie ! Mais c'est fun !
Francisco nous accueille avec un grand sourire. Il parle un français approximatif, mais bien meilleur que notre portugais ! Il nous annonce que depuis 2010, le programme Ecofac est suspendu faute de subventions. Il continue donc à entretenir le jardin bénévolement, pour ne pas laisser à l'abandon le fruit de 30 années de travail. Au moins c'est clair : tout visiteur est bienvenu pour jouer les mécènes pour l'aider à maintenir ce site. Francisco mène donc la visite dans cet objectif : nous faire découvrir ce patrimoine si riche pour nous faire comprendre l'intêret de le conserver. Des chambres d'hôtes sont même prévues mais restent déséspèrement vides ! Fleurs et arbres exotiques, plantes médicinales, bégonias géants, orchidées remplissent l'espace. Ces 2 dernières variétés sont les fleurons de l'île mais Francisco n'a malheureusement pas le temps, tout seul, de les entretenir et elles sont en piteux état. Nous n'aurons pas le temps de faire la rando jusqu'au Lagoa Amélia, ancien cratère volcanique recouvert d'une végétation basse qui abrite de nombreuses plantes très rares. Il faut 3h00 pour y accèder et autant pour revenir et le ciel est couvert... tanpis !
Francisco nous lance "la prochaine fois !". Mouais, il est mignon... comment te dire ? T'es un peu au bout du monde, quand même ! Mais bon, on sait jamais...
Il sourit... toujours le sourire ! Ils sont tous incroyables !
On terminera notre périple devant la cascade San Nicolau qui se trouve à quelques kilomètres de là... au bout d'un sentier tout aussi cahoteux. Ce voile blanc décore ce lieu paisible et alimente le village.
Retour en ville. Esmael nous mène dans un petit resto au parc public. La formule est simple : poisson-frites-salade pour à peine 3€ / personne. Nous devons le quitter rapidement car il enchaîne par un test d'anglais à 16h. On le dépose chez lui, un vieux hlm en bord de mer près de son travail, où il vit avec ses parents et sa petite soeur. Demain matin, il bosse mais c'est parti remise pour l'après midi où il nous accompagnera en ville.
Llona jubile : le moment est venu d'aller piquer une tête dans l'immense piscine de notre hôtel avant que la nuit tombe. Un confort surréaliste après la journée que nous venons de passer...
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| Sao Tomé - Centre |

1 commentaire:
Quel dommage de laisser un parc aussi beau à l'abandon !!!!
Mais qui est cette jolie minette qui nage comme une sirène ????
Bisous à vous trois mes pougnousses
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