4 juin 2012

Sur les routes de l'Ile Chocolat

La nuit fut "hard" ! Les papillons de nuit avaient envahi notre chambre et ont virevolté un bon moment au dessus de nos têtes. A cela s'ajoutaient les cris des chauve-souris venant manger dans les bananiers du jardin et le craquement du bois de la roça.
Heureusement, le bruit de l'océan apaisait l'ensemble et la position en hauteur de la maison assurant une bonne ventilation nous a préservé des moustiques quasi inexistants, car pas de clim, pas de moustiquaires !
Seulement, nos hôtes nous ont prévenus : le réveil est très matinal à la Roça !
4h30, le coq fait son entrée.
Et celui là ne se contente pas d'un "cocorico". Il chante pendant un quart d'heure et recommence une heure plus tard, pile-poil au moment où tu as replongé dans un sommeil profond, afin de s'assurer que définitivement tu ne dormiras plus !
Effectivement, à 6h, tout le monde est au petit déjeuner. C'est rude !
Nous avons donc tout le temps de discuter et de découvrir que Raymond est né à Saint Gaudens dans la même maternité que Gilles. Leurs fils Sébastien vit d'ailleurs là bas et c'est lui qui, depuis les Pyrénées, gère les résas et le site internet de la Roça, qui bien sûr, n'est pas équipée.
On réalise d'ailleurs qu'en plus d'être isolés dans cette pampa, nous étions vraiment complètement coupés de toute communication possible avec le monde. Et c'est bien ce que ce couple est venu chercher ici : l'isolement et une société sans interdit, où tout est simple ! Leurs invités sont leur principale source d'information.
Ils accueillent actuellement Freddy qui sera bientôt leur voisin. Cet homme travaillait sur le site Airbus à Toulouse. Ne trouvant plus de sens dans le système français, il a tout plaqué du jour au lendemain pour venir construire sa maison à Sao Tomé. Il envisagera dans un an une future activité touristique.
Le monde des expatriés est ainsi tellement diversifié !
Nous quittons Geneviève et Raymond vers 9h. Peut être nous reverrons-nous du côté de Saint Gaudens. Il est peu probable que ce soit à nouveau à Micondo, car ce couple se projette déjà ailleurs. La Roça est déjà convoitée par un tour opérator de voyage insolite. Ils partiront donc sur un nouveau projet de rénovation comme ils l'ont déjà fait en Côte d'Ivoire où ils ont vécu 10 ans.

Direction la Boca de Enferno. C'est une curiosité naturelle qui se trouve au bout d'une langue de terre. Les rochers noirs sur la plage ont formé un tunnel à l'allure d'un croissant où vient s'engouffrer les vagues avec une force phénoménale. A marée haute, ça fait un boucan d'enfer lorsque l'eau s'éclate sur la roche. A marée basse comme nous l'avons vu, c'est un peu moins impressionnant.


Sur le bord du chemin se trouve une petite église évangélique, communauté bien représentée sur l'île. Un local nous invite à y entrer et une jeune femme nous présente son bébé de 3 mois, amusée que l'on puisse s'intéresser à elle !

Nous continuons vers Sao Joao de Angolares. Cette petite bourgade est assez pauvre. Toute la vie est dans la rue, donc sur le bord de notre route. Les enfants jouent avec des voitures en bois et dévalent la pente à côté de notre voiture en marche, les femmes portent bébé dans le dos et bassines bien remplies sur leurs têtes ou papotent près du lavoir, les hommes passent le temps au bistrot ou sur leurs motos...
Et oui ! c'est le moyen de transport le plus utilisé en campagne, même si son coût est elevé : 30 millions de dobras soit 1200 €, soit 2 ans et demi du salaire moyen national.
Nous sommes face à une dure réalité : le niveau de vie est très bas et les moyens semblent dater d'un autre siècle. Imaginez ! Le smic est à 1 million de dobras soit 40 € par mois !
Pour nous qui baroudons de village en village, le constat est le même partout, sauf à la capitale qui centralise les administrations et les emplois.
En campagne, on vivote de pêche, de l'exploitation de l'huile de palme, du cacao et du café, et on récolte la coco, les bananes et fruits à pain. Bref, tout ce qu'offre la nature. On ne cherche pas à s'enrichir ou à faire prospèrer les exploitations. C'est une île lointaine "où rien n'est important que de vivre", comme dit la chanson.


Le midi, nous nous arrêtons dans un petit resto à la sortie du village, au Mionga Restaurante, que Freddy nous a recommandé. Cette cabane sur pilotis offre une superbe vue sur l'océan et est très joliment décorée.
Le repas commence par une succession de petits plats de cuisine locale aux saveurs très pimentées pour déguster (dans les 2 sens du terme, j'en ai encore les yeux qui me piquent !), puis suit le poisson frais du jour accompagné de riz. De la papaye confite à la cannelle cloue ce déjeuner excellent qui nous coûtera seulement 24 € tout compris pour nous 3 !
C'est aussi l'un des avantages : on mange très bien pour trois fois rien. Paradoxalement, les "petits" que nous sommes en France peuvent vivre comme des rois ici !

Retour à Sao Tomé. Sur la route, nous assistons aux scènes de la vie quotidienne. Aucun stress, aucune animosité : notre passage attire plutôt la curiosité ! Il n'est pas fréquent de voir des français par ici ! On s'exprime en espagnol ou avec quelques mots de portugais appris sur place, mais attention nous précisons bien que nous sommes français, et de suite, on a droit au sourire ! Certaines femmes pouffent même de rire quand on s'adresse à elles... c'est l'animation !

Arrivée à notre hôtel. Nous avons opté pour le confort et la situation pour la fin du séjour. L'hôtel Praia présente un style très colonial, un peu rococo mais chic ! Malgré tout, les 4 étoiles font plutôt office d'un 3 étoiles français... mais bon ! Nous profitons du calme d'un hôtel quasi vide : 6 chambres occupées sur 34. C'est le problème de la plupart des hôtels de l'île, le taux d'occupation est extrêmement faible. L'avantage, c'est que le personnel est très disponible ! 2 serveuses rien que pour nous à chaque repas : pas le temps de vider le verre, ni de poser la fourchette à la fin du plat !

Mais ne tardons pas trop, Claudio Corallo nous attend ! Nous allons visiter le laboratoire de sa chocolaterie.

Cet agronome italien s'est installé sur l' "île chocolat" il y a plus de 20 ans pour produire l'un des meilleurs chocolat au monde. C'est ainsi que l'on surnomne l'île de Sao Tomé qui était le plus gros producteur mondial de cacao au début du 20ème siècle. Aujourd'hui, la production a bien baissé mais le chocolat reste l'un des meilleurs.
Et nous confirmons ! Il est carrément excellent !
Non seulement Claudio nous a expliqué comment il avait implanté ses plantations sur l'archipel et élaboré des produits de la plus grande qualité, mais il nous a surtout fait déguster ses chocolats à travers une initiation gustative ... Cacao 100%, 80 %, 75% ; à l'orange, au gimgembre, au sel de guérande, au café, au poivre, aux raisins macérés dans du calvados... tout, tout, tout, on a tout goûté sans en laisser une miette ! Claudio a d'ailleurs été invité à l'automne 2011 à Vinexpo à Bordeaux, à la "Renaissance des appellations", ce qui est assez exceptionnel puisque cet évènement est réservé aux professionnels du vin.

Encore une belle rencontre !

Retour à l'hôtel pour se poser un peu. Demain, nous partons vers le centre. Petit coup de fil à Almeida, toujours heureux de nous répondre : "Pas de problème Zillesse, pour demain je te trouve un guide !". Rendez-vous est pris pour 8h30... 


Sao Tomé -15 mai

6 commentaires:

Mamibelle a dit…

Toujours d'aussi beaux paysages de rêve !!!!!
Plein de bisous à vous trois

laurette1977 a dit…

euh, si tu pouvais mettre un peu de chocolat au sel de guérande dans tes bagages de retour le mois prochain ...

laurette1977 a dit…

et au fait, c'était pour quel motif que tu t'es faite racketter par la police ???

Laetitia a dit…

Laure, dans ces cas là, des motifs ils en trouvent toujours ! Au début, ils ont cherché à me mettre sur le dos "refus d'optempérer"... mais comme ça tenait pas debout, la seule chose qui lui restait c'était que je m'étais légèrement déporté sur la voie de droite sans signaler avec mon clignotant, mais c'était pour éviter une voiture qui avait stoppé sur ma voie de gauche, donc son prétexte était moyen et l'infraction très contestable. Néanmoins, pour éviter toutes vagues comme on nous le conseille ici, j'ai acquiessé et il devait me mettre une amende tout à fait réglementaire. Seulement après m'avoir fait mijoté 1/4 d'heure et mis la pression avec son collègue devant le commissariat central où je les avait suivi, il est monté dans ma voiture pour me rendre mes papiers et me dire que nous arrangerions finalement tout cela à l'amiable... j'ai feint de ne pas comprendre et il m'a répondu : "allez, Mama, c'est le weed-end pour tout le monde, tu sais bien... on est ensemble" Et il a regardé ma sacoche. Pour en finir, j'ai eu la mauvaise réaction de lui sortir 10000 CFA... auxquels il m'a demandé de rallonger de 5000 ! Le bon réflexe aurait été que j'appelle de suite les gendarmes français car le gouvernement actuel fait la chasse à ces ripoux, mais je voulais en finir car j'avais Llona derrière moi qui commençait à flipper... voilà, tu sais tout !

seve a dit…

Nous aussi nous avons visite une chocolaterie dimanche mais c'était à Espelette dans le Pays Basque! C'est moins exotique mais c'était très bon !!!
Encore de belles photos.
Merci.
Des bises à vous 3

seve a dit…

Et au fait excellent le mariage !!