11 juin 2012

Sao Tomé

Pour notre dernier jour sur l'île, nous terminons la boucle par le nord. Cette région est bien moins montagneuse que le sud et regorge de plages bordées de baobabs ! Du jamais vu pour nous...
Pas de guide : nous partons seuls avec une carte, sans boussole et sans GPS... des aventuriers d'un autre siècle, quoi !
Et puis, les santoméens sont tellement charmants que la bonne vieille méthode de demander son chemin fonctionnera très bien !
Vroum, vroum... c'est parti petit 4x4, emmène-nous à Agostinho Neto !
Ce site est une Roça, la plus importante de l'île à l'époque coloniale, elle s'appelait alors Rio do Douro. En hommage aux travailleurs pour la plupart importés d'Angola, elle a été rebaptisée Agostinho Neto à l'indépendance, nom du premier Président de la République Angolais. On y cultivait essentiellement du cacao. C'est encore le cas mais en moindre quantité. Nous arrivons par l'entrée des employés. En effet, un autre accès était exclusivement réservé aux propriétaires et à leurs invités. Au sommet de la côte, se dresse une roça impressionnante au pied de la montagne : une ville à elle seule ! Face à nous, un bâtiment monumental domine : c'est l'ancien hôpital qui accueillait tous les malades des environs. L'allée centrale pour y accèder séparent les habitations des esclaves appartenant à deux ethnies : les capverdiens et les angolais. A l'époque, on ne mélangeait pas !


La maison des maîtres entourée de jardins est toujours entretenue : c'est rare !
Juste à côté, une maison fait office de lieu de conservation du site et du jardin botanique. C'est l'ancienne demeure d'un marquis. C'est ici, que le responsable des lieux nous accueillent, toujours avec un large sourire et quelques mots de français. C'est un ancien : il est né ici et y restera certainement jusqu'à la fin ! Je ne sais même pas s'il est déjà sorti de la Roça ... c'est du moins l'impression que j'ai eu quand il regardait la carte de l'île que nous avions comme s'il la découvrait pour la première fois. Cet homme nous a donc guidé des jardins qu'il entretient jusqu'à l'hôpital. Malgré sa difficulté à marcher, il tenait à tout nous montrer. Sa préocupation : "Est-ce que vous vous sentez bien sur notre île ? Est-ce que les gens sont gentils avec vous ?" A notre "oui", on l'a senti comme le plus heureux des hommes. Il a fleuri Llona et moi même d'une fleur d'hibiscus dans les cheveux, a offert à Gilles des graines de plantes exotiques pour nos papas. Très important : "un sachet pour ton papa et un sachet pour le papa de ta dame"... Rien que de l'écrire, je vois encore le visage de cet homme heureux rien que de donner et je vous assure que c'est émouvant : la simplicité et la bonté comme on en voit plus !

L'hôpital sert de refuge aux poules et de débarras pour les habitants. On peut néanmoins encore voir les plaques qui déterminaient l'affectation des salles : celle des hommes, celle des femmes, et à l'étage celle des colons portugais... là encore, on ne mélange pas les torchons avec les serviettes ! A l'arrière, se trouvent 2 autres bâtiments qui se font face : la maternité et la morgue ! Là où tout commence et où tout se termine : la boucle est bouclée ! La chapelle juste à côté officialisera tout ça ! Au pied de l'hôpital, une école et un dancing permettaientt quand même aux travailleurs d'avoir "un peu" de vie sociale. Leur salaire de misère de toute façon ne leur permettait pas d'autres largesses : 90 000 dobras soit à peine 4 € par mois !
La fabrique de cacao est fermée, nous verrons donc seulement les bâtiments laissés en friche et l'ancien chemin de fer qui permettait l'acheminement des récoltes depuis les plantations sur les hauteurs. Lorsqu'on se quitte, notre hôte nous conseille d'aller aux plantations de Ponta Fico et Monte Forte.
Nous filons donc là bas mais arrivés sur place, le premier site est désert. Seul un groupe de villageois discutent sous l'arbre de la place centrale pour passer le temps. Cela nous confirme bien que notre "ancien" n'est jamais vraiment sorti de sa roça ! Cela fait belle lurette que l'on n'exploite plus les plantations à Ponta fico ! Juste quelques récoltes pour vivre... En revanche, l'un d'entre eux nous informe que Monte Forte cultive maintenant du cacao bio. Nickel ! On y va ! Effectivement, en bas de la côte, un panneau nous indique qu'il s'agit d'une coopérative. Un chemin tortueux voire accidenté nous mène sur les hauteurs... les fèves sèchent sous les serres, deux ouvriers bossent sur place mais le patron brésilien n'est pas là ! Nous ne pourrons pas aller plus loin... dommage ! On aurait bien été curieux de connaître son cahier des charges pour faire de son cacao un cacao bio, qu'il exporte visiblement beaucoup. En redescendant, on croise des enfants qui rentrent de l'école et qui s'accrochent à la voiture. Ils sont collés à la vitre et observent Llona avec curiosité... l'une d'entre eux lui déclare "Eh guapa ! I love you !"

Cap sur les plages ! S'il y bien une chose qu'il ne faut pas louper, ce sont ces plages bordées de baobab.
Praia de Conchas et Lagoa Azul sont les plus belles. C'est quand même singulier de voir ces mastodontes de la nature plantés dans le sable, les pieds dans l'eau. L'eau est turquoise, transparente, ça fait un beau contraste sur les galets noirs. Des paysages de carte postale !


Pour le déjeuner, nous nous arrêtons à Neves, un village de pêcheur réputé pour ses crabes Santola. Justement on peut en déguster dans un resto du même nom. Il faudra tourner virer pour le trouver au fond d'une impasse où l'on n'oserait pas forcément s'aventurer. Le quartier est très pauvre. Les bicoques en bois s'entassent le long des chemins de terre souillés... c'est "rustique" !
On commande deux crabes et on a ... deux crabes et un maillet pour casser les pattes ! Point !
Bon, ben, allez, on s'y met... on lui fait son affaire au crabe à pleines mains et à pleines gueules comme des gorets ! Bien repus, nous sommes prêts à repartir à Sao Tomé pour retrouver Esmael. Avant, les enfants nous attendent au pied de la voiture pour une photo : chacun y va de sa pose... la serveuse aussi !


On déboule en bas du hlm : "Oh ! Esmael tu descends ?". Il arrive, prend la place du pilote : direction le centre ville de Sao Tomé. Toutes les maisons sont anciennes et de style colonial. Les seuls bâtiments récents abritent des banques. On a jamais vu autant de banques au km² ! Pourquoi ? La réponse est simple : pétrole ! Des gisements ont été trouvés en 2009 au large des côtes et les puits offshore sont en train d'être creusés. D'ici 2 ans, ils seront en activité. Alors, forcément les intérêts étrangers affluent et les santoméens pour le moment voit ça d'un bon oeil. Ils pensent que ça va leur apporter de la richesse et des emplois... mais à qui réellement ça va le plus profiter ? Sao Tomé = futur paradis fiscal ??...
Enfin, en ce qui nous concerne, nous nous dirigeons vers le marché municipal qui lui est bien toujours du terroir local ! Bon sang, ça se sent à des centaines de mètres à la ronde ! Pas de photos de ce lieu, c'était tendue l'histoire ! Notre présence au milieu des allées bondées était déjà suffisament remarquée pour en rajouter en sortant mon gros objectif... dommage, à défaut de le vivre, c'est vraiment à voir ! Bizarrement, c'est à Sao Tomé que nous avons l'impression de vivre l'ambiance d'un marché africain comme on se l'imaginait : des couleurs par milliers, des produits abondants au sol, sur les tables, dans des bassines sur les têtes des femmes... partout, à tel point que l'on ne peut presque pas avancer ! Ca crie dans tous les sens, ça discute, ça court... une agitation qui nous fera rapidement quitter les lieux.
Esmael nous amène donc dans un autre marché, plus "calme" : la halle "Coco". Effectivement, dans ce bâtiment sur 3 niveaux, les allées sont plus clairsemées. C'est immense, on se tient donc par la main : Llona avec Esmael, Gilles avec moi. Des vielles nous regardent passer et pouffent de rire comme des gamines. On leur demande ce qu'elles ont et l'une d'entre elles me dit : "T'as raison, tiens ton homme, sinon ici il fera pas long feu. On adore les jeunes hommes comme ça !" Et elles repartent en éclat de rire avec les dents qui leur restent...décidément, la joie de vivre est partout !


Nous devons passer devant l'étal de poissons avant de monter à l'étage "mode" : c'est à en tomber par terre ! Même les mouches ne survivent pas... En haut, on se croirait au souk : des petites échoppes regorgent de fripes made in China. C'est pas très net. On passe donc rapidement au dernier niveau découvert qui nous offre un beau panorama sur la ville. C'est la zone mobilier-déco-couture. L'occasion de rendre visite au tailleur qui travaille avec des machines Singer du 19ème ! Elle ne comprend pas trop pourquoi je veux la prendre en photo mais elle sourit quand je lui dis qu'en France, sa "bécane" fait office d'antiquité dans les musées !

Nous continuons notre tour en flânant dans les rues à la découverte des édifices religieux, Palais présidentiel, demeures bourgeoises, places... toute l'architecture est marquée par l'influence portugaise, ce qui ne donne pas du tout à cette ville, située sur la latitude équatoriale, une allure africaine. Seule la couleur de peau des habitants est là pour nous le rappeler.



Sur le retour, un ancien hangar de docker sur le bord de mer attire mon attention. Esmael nous dit qu'il s'agit d'une galerie d'exposition, sans réellement en savoir plus : c'est à 500m de chez lui, mais il n'y a jamais mis les pieds. Y a de la lumière, donc on y va ! Ca tombe bien, sur place, Esmael rencontre un ami qui organise l'expo. Le vernissage a lieu le soir même avec musique et repas. On est obligé de décliner l'invitation, nous sommes déjà attendus à l'hôtel. Du coup, on a droit a une visite en avant-première ! Peintures, artisanat local, expo produits exotiques, reportage-photos des roças au temps de l'esclavage...
 tout l'île est représentée dans un seul lieu. Une excellente façon pour nous de conclure notre voyage !



Nous faisons nos adieux à Esmael en lui souhaitant plein de bonnes choses et surtout que son île et la mentalité de ses habitants restent intacts. (...)
Demain, notre coucou nous ramène en Afrique où pollution, klaxons et bouchons nous attendent... que cette semaine nous aura été bénéfique pour rêver au pays des merveilles !

Sao Tomé - Nord

8 commentaires:

mamy carmen a dit…

Si,si nous visitons votre blog bien religieusement tous les jours, voir s'il y a des nouveautés mais écrivons pas toujours. Le beau temps français laisse vraiment à désirer, SVP à votre venue en Juillet ramenez-nous un peu de chaleur

Mamibelle qui se gèle !!! a dit…

Coucou,mes pougnousses,
C'est un rayon de soleil que vous nous envoyez...
Ici, il pleut et il fait un froid da canard...
Quels jolis paysages !!!! et belles
maïades...

Bisous à tous les trois

seve a dit…

Encore une fois de superbes photos! Les baobabs au bord de l'eau c'est très impressionnant et magnifique.
Ehhhh, pratique le sarouel!!!
C'est toujours un voyage de te lire....
Biz à vous 3

Vané a dit…

Moi je te lis souvent le soir, ensuite je regarde l'album photo... Et je m'endors en rêvant de plages, de baobabs et de Barbie !!!
Du coup il manque l'etape commentaire !!!

Bises

Marie a dit…

Jviens toujours rendre visite à votre blog qui nous donne vraiment l'impression d'être avec vous trois en train de découvrir ces sites perdus vraiment magnifiques

MARIE a dit…

biz à vous trois à bientôt...

sandra a dit…

oups !! tu peux être sur que nous voyageons avec vous c'est une visite quotidienne et systématique mais il est vrai que l'étape "commentaire" je n'y vais pas forcément...car je ne cherche pas d'excuse mais je prends pas le temps tout simplement...mais nous sommes là quand même avec vous à chaque étape.....euh!! méfiez vous da canards et des maïades!!
;-))

Josée a dit…

Encore un super reportage toujours aussi passionnant de vous lire
grâce à vos photos vous nous faites découvrir de magnifiques paysages le soleil, le ciel bleu ,la vie dorée que vous vivez en ce moment!!!! le soleil doit être bloqué chez vous alors faite un geste envoyé nous un peu il sera le bien venu !!!parce qu'on commence a en avoir assez de cette pluie tout les jours !!!!!
Bisous à tous les trois